
Quand, en 1878, le Courrier de Saône-et-Loire s’empara d’une histoire diabolique, c’est tout un hameau qui sombra dans la peur. Plus de détails avec Info Chalon.
Chères lectrices, chers lecteurs, l’histoire que vous allez lire n’est pas une légende médiévale, mais un fait divers authentique, rapporté par Le Courrier de Saône-et-Loire à la fin de l’année 1878.
Une affaire qui fit trembler tout le sud chalonnais pendant des semaines, de Simandre à Saint-Germain-du-Plain, et dont le souvenir hante encore la Bresse.
À Baudrières, dans le hameau de Saugy, une ferme tranquille devint soudain le théâtre d’un tumulte inexpliqué. Une sombre histoire de draps qui se soulèvent, de coups invisibles, de lueurs étranges et de bruits de tambour.
Le journal de l’époque titra «Un lit ensorcelé».
En pleine IIIème République, à l’heure des chemins de fer et des écoles laïques, la Bresse croyait encore au Diable… et cette nuit-là, elle eut peur pour de bon.
Où quand le Diable entre dans la ferme Mazué
Le 5 décembre 1878, Le Courrier de Saône-et-Loire titrait donc «Un lit ensorcelé».
La scène, rapportée avec effroi, se déroule à Baudrières, dans le hameau de Saugy.
Dans la ferme du Sieur Mazué, exploitant les terres de Monsieur Nivet de Tournus, deux domestiques dormaient paisiblement lorsqu’ils furent réveillés, au cœur de la nuit, par des grattements sous le lit. Le bruit s’amplifiait, semblable à un roulement de tambour, avant que les draps ne se soulèvent et que des coups violents ne les frappent sans qu’aucune main ne soit visible.
Des lueurs phosphorescentes et étincelles bleues achevèrent de terrifier les dormeurs.
En quelques jours, la rumeur se propagea de Simandre à Saint-Germain-du-Plain, d’Ormes à La Frette :
«Le Diable hante la ferme de Saugy !»
Une marmite de clous et des Ave Maria
Une femme du village affirma qu’un sort avait été jeté. Pour découvrir l’auteur, il fallait faire bouillir une marmite de clous pendant toute une journée. Ainsi, la première personne qui soulèverait le couvercle serait le sorcier.
Le soir même, un jeune homme curieux voulut voir ce qui cuisait. Aussitôt, les femmes le rouèrent de coups de balai, le forcèrent à réciter des Ave Maria et le chassèrent.
Mais le Diable continua son vacarme, entre draps arrachés, gifles nocturnes et gerbes d’étincelles.
Quatre jeunes gens décidèrent de braver la peur et dormirent dans le fameux lit mais à onze heures précises, ils furent soulevés et frappés, avant de s’enfuir épouvantés.
«Nous rentrerons vainqueurs ou nous ne rentrerons pas»
L’affaire prit une telle ampleur qu’un ancien caporal des sapeurs-pompiers, Mathurin, écrivit au Courrier pour annoncer qu’il se rendrait sur place avec trois «vieilles moustaches de Bey» :
«Nous rentrerons vainqueurs ou nous ne rentrerons pas !»
Le 13 décembre, le Diable revint, renversa une marmite de gaudes — crime suprême dans une cuisine bressane — puis se fit plus discret. Le 24 janvier 1879, il frappa une dernière fois, avant de s’évanouir.
Le 21 février, le Courrier annonçait que le Diable avait quitté Saugy avec armes et bagages.
L’enquête et la vengeance
La gendarmerie de Bey, sceptique, vint sonder le foin du grenier à coups de sabres.
Le lendemain, on trouva des traces de sang près de la ferme.
L’explication «rationnelle» apparut plus tard. Le propriétaire, M. Pernaton, relisant le bail, se rappela qu’il stipulait l’obligation d’accueillir les nomades de passage. Or, peu avant les faits, deux familles s’étaient présentées, mais seule l’une avait été hébergée.
La famille évincée, les Saito (ou Sainto), comptait un jeune garçon surnommé «Le Mousse».
Selon plusieurs témoins, ce dernier se serait caché dans le foineau, au-dessus de l’écurie, et aurait effrayé les dormeurs pour venger ses proches.
L’un des gendarmes l’aurait blessé d’un coup de sabre. Il mourut du tétanos à l’hôpital de Cuisery quelques jours plus tard.
Le mystère, selon la presse, était «officiellement» élucidé.
Mais à Baudrières, beaucoup refusèrent cette explication.
Une légende populaire durable
On raconta encore longtemps, de bouche de Bressans, que le Diable de Saugy venait battre les portes les nuits d’hiver.
Une route du Diable de Saugy subsiste à Baudrières.
En 1924, un char pour la cavalcade de Montceau-les-Mines portait une banderole «Le Diable de Saugy». Les Gôniots de Chalon-sur-Saône n’ont pas été en reste comme le montre l’illustration du Journal de Saône-et-Loire jointe ci-dessous.
Le n°10 de La Gazette de Baudrières, daté de décembre 1987, et Le Journal de Saône-et-Loire du 3 mars 2012 avec Henri Huet et 13 mars de la même année avec Guillaume Badet ont relancé le souvenir de cette affaire.
Un siècle et demi plus tard, l’histoire hante toujours l’imaginaire bressan.
Entre croyance et chronique
Cette affaire, au carrefour du fait divers et du folklore, reflète le climat du XIXème siècle rural, où l’on attribuait au Diable tout bruit inexplicable.
Le Courrier de Saône-et-Loire de 1878 mêle d’ailleurs ironie et effroi :
«C’est une chose de formidable, de fantastique, de diabolique, qui terrifie depuis quinze jours le hameau de Saugy».
Derrière la rumeur infernale, on devine un autre drame. La peur de l’étranger, des gens du voyage, et le poids du bail rural face à la misère.
La vengeance des exclus devint l’œuvre du démon.
Aujourd’hui encore, dans les veillées de Baudrières, certains disent qu’au détour de la route du Diable, on entend, parfois, un roulement de tambour dans le vent … comme si le Mousse, blessé dans le foin, cherchait encore la paix.
À suivre…
Mercredi soir, notre série Mystères du Chalonnais et de Saône-et-Loire prendra le chemin des hauteurs du Clunisois.
Entre forêts, combes et vieilles pierres, le village de Blanot garde la mémoire trouble des sorcières qu’on disait capables de faire mourir un bœuf d’un regard ou de détourner la foudre d’un clocher.
On y parlera de maléfices, d’herbes interdites et de jugements oubliés, là où la frontière entre remède et sortilège se perd dans la nuit des croyances.
Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati
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