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Au loup !

 

Au début du 19ème siècle, certaines communes de l’actuel territoire de la Communauté de Communes Terres de Saône sont confrontées à une série d’attaques sur des êtres humains, des enfants en l’occurrence, perpétrées par…des loups !


La première attaque mortelle survient à Breurey-lès-Faverney où, dans un courrier du 1er septembre 1808 au Préfet de la Haute-Saône, le Maire de Faverney précise « Après avoir appris l’événement malheureux arrivé à Breurey concernant un enfant dévoré par les loups et nonobstant la traque faite dans les forêts de Faverney à ce sujet, j’ordonnai le 17 juillet (1808) une traque dans les bois de Faverney et contigus. Il en résulte de cette dernière qu’un loup a été blessé à mort aux cris et au sang qu’il a versé, mais faute de chiens pour le loup, il n’a pas été trouvé… »
La date précise de cette attaque et l’identité de l’enfant dévoré n’ont pour l’instant pas été retrouvés dans les archives. Dans le même courrier au Préfet, le Maire de faverney, désespéré, ajoute : « Malgré ces mesures, un événement de même nature vient m’attrister : un enfant de 9 à 10 ans de Port d’Atelier, commune de Purgerot, gardant son bétail entre les territoires de Faverney et d’Amance et à proximité de son père et d’autres faucheurs a été dévoré le jour d’hier 31 août (1808) par un loup dans un champ planté de blé de Turquie où il s’était mis à l’abri du vent. Les restes du cadavre ont été selon les rapports, recueillis dans les coupes du bois de Baslière dépendants de la commune d’Amance. Comme ces événements malheureux se multiplient, je vais, Monsieur le Préfet, en attendant vos ordres, ordonner une traque dimanche prochain… ».

L’acte de décès dans les registres d’état civil de Purgerot mentionne que la mort de la malheureuse Jeanne Claude BORNET, âgée de huit ans, fille de Charles BORNET et de Jeanne-Claude BLAMONT, « provient de la voracité d’un loup ».   
Le 22 novembre 1808, le Préfet apprend avec beaucoup de contentement que la battue organisée dans les bois d’Amance a eu pour résultat la destruction d’une grande louve et d’un loup blessé à mort.
Il pense que « c’est la même louve qui a attaqué les personnes en plein jour, dévoré 3 enfants et mutilé une femme d’Amance ».      
Comme témoignage de sa reconnaissance, il délivre un port d’armes gratuit et illimité, qu’il prend sur lui d’accorder à un certain Pierre MIGNARD, qui a détruit cette bête féroce.
Là aussi, faute de précisions dans les dires du Préfet, les dates exactes de ces agressions sur Amance et les noms des victimes nous échappent encore.

fermeNous savons que la commune d’Amance est fréquentée par les loups : la toponymie en atteste avec les lieux-dits « la Pâte aux loups » et « la Louvière ».
Tout comme la commune de Baulay toute proche, qui, deux ans plus tard en septembre 1810, va subir deux attaques meurtrières en moins d’une semaine ! Le 11 septembre 1810 vers 9 h du soir, Antoine Bonaventure MARION, fils de Jean-François MARION et Jeanne Françoise BELARD, âgé de 11 ans, est emporté et dévoré par un loup.
Le lieu exact de l’attaque n’est pas connu mais il se situe peut-être à proximité du « Bois de l’Achenau », qui, selon la tradition orale, était à l’époque, régulièrement fréquenté par des loups.
Le lieu-dit « la Fontaine au loup » peut aussi se rapporter à cet événement tragique qui va se répéter quelques jours plus tard, et coûter la vie à un jeune qui gardait des bêtes entre Baulay et Montureux-lès-Baulay au lieu-dit « le Serbilleux ».
Un nouvel épisode sanglant que raconte le Maire de Baulay dans sa lettre au Préfet de la Haute-Saône le 16 septembre 1810 :
«…Samedi dernier, 15 du courant (septembre) à 9 heures du matin, le jeune Jacques-François CLAUDINOT, âgé de 10 ans fils de Jacques-FrançoisCLAUDINOT et de Marie FORIN a été tué au bord d’un petit bois sur les prés entre Montureux et Baulay où il était à la garde du bétail avec une douzaine d’enfants plus ou moins âgés. L’animal s’est élancé sur le malheureux, l’a emporté dans les champs de l’autre côté du bois et l’a étranglé, mais le monde accourant au secours de l’enfant, il n’a pas été dévoré mais il avait la tête, le col et la poitrine couvert de coups de dents. J’ai sur le champ prévenu messieurs les Maires d’Amance et de Buffignécourt qui de concert avec moi ont amené la plus grande partie de leurs habitants, nous avons aussitôt cerné les bois et fait une battue dont le résultat a été la mort de trois louveteaux, une louve monstrueuse a été blessé grièvement. J’ai fait prévenir messieurs les Maires de Faverney, Menoux, Fleurey, Montureux et Venisey pour recommencer le lendemain et nous avons tué trois autres louveteaux. Il est difficile d’enrayer un fléau plus terrible…dans trois jours, deux enfants dévorés et plusieurs grandes personnes attaquées… ».
Ces deux décès, accompagnés dans le même temps d’attaques sur des adultes traumatisent les populations des environs qui se mobilisent
pour traquer et éliminer le ou les coupables qui sévissent dans la région.Après une accalmie de quelques mois, peut-être due aux battues, le loup attaque à nouveau, à la limite des communes de Clairefontaine et Senoncourt, à proximité de la ferme de la Perrière  (lieu-dit « Au Batiqueux » sur la commune de Senoncourt).
A cet endroit, le 15 février 1811 vers 15 h, Adélaïde SIMON, fille de François SIMON, meunier à Clairefontaine et Catherine THIEBAUD, âgée de 9 ans, est dévorée par un loup à l’entrée du bois. Il lui emporte le crâne, lui arrache les entrailles et lui ronge les cuisses. La pauvre petite survit à ses effroyables blessures pendant une heure et demie, « appelant son père et sa mère et ne laissant qu’un spectacle d’horreur et d’effroi » comme l’écrit le Lieutenant de louveterie Roussel de Gressoux au Préfet de la Haute-Saône, le 16 février 1811. Une battue dans les bois est organisée par Roussel avec l’aide des communes d’Amance, Saint-Rémy, Saponcourt et Contréglise pour éliminer le loup tueur.
Fin 1811, un enfant de la commune de Saint-Rémy est attaqué et mutilé. Il ne doit son salut qu’à un jeune homme de 18 ans qui lutte contre la bête féroce et la force à lâcher prise.Cette agression est la dernière connue sur les communes de Terres de Saône, qui ont dû faire face entre 1808 et 1811 à un épisode d’attaques mortelles par les loups, sans précédent en Haute-Saône.  
Tout au long du 19ème siècle, le loup va être éradiqué partout en France et disparaître totalement dans le département, après 1918 selon les sources officielles.Aujourd’hui, les Maires des communes de Terres de Saône gèrent des dossiers heureusement moins violents !

Le loup, lui, passé « d’animal nuisible » à « protégé » recolonise tout doucement l’Europe.
Un retour qui est plutôt une bonne nouvelle pour la biodiversité mais qui doit prendre en compte les réalités humaines et économiques dans certains départements d’élevage, en proie aux prélèvements du loup…
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